• Conseils de lecture pour bien vivre cette fin du monde - Littérature

    25/03/2020 | 0 commentaire

    En ces temps incertains où chacun redoute le confinement généralisé et définitif, je commence à atteindre le point où je ne sais plus trop quoi faire. Non pas que jusqu’à présent mon confinement était productif, c’est juste que ne rien faire commence à me peser. Je crois même discerner une pointe de culpabilité là-bas, au fond, derrière l’insouciance.

    Pourtant, je pourrais faire des milliards de choses comme explorer la parties nord de l’appartement, ranger mes bédés par couleurs ou bien recharger mon agrafeuse.

    Et puis non. Je pense que le mieux à faire, c’est une note de blog. Ça ne sert à rien et ça prend du temps à moi comme aux autres, bref exactement ce qu’il nous faut en ce moment.

    L’idée est de partager des lectures qui me semblent pertinentes en ce moment. C’est pas vraiment des recommandations dans la mesure ou vous ne pouvez pas sortir les acheter, c’est d’avantage un étalage nombriliste de ma bibliothèque.

     

    Pete Fromm

    Indian Creek

    Gallmeister

    ISBN : 9782351785980

    Dans un enchevêtrement d’enthousiasme, de mauvais sort et de bêtise, Pete Fromm se retrouve assigné à la surveillance d’œufs de saumon durant un hiver au milieu de la nature, à la frontière de l’Idaho et du Montana avec une tente pour seul toit alors que ses pratiques de vie en pleine nature se limitent à de la randonée et sa science de la survie aux récits de trappeurs. Et il ne peut s’en prendre qu’à lui-même.

    Précisons un peu les choses :

    - La surveillance d’œufs de saumons est bien ce que vous sentez capable de faire, il s’agit effectivement de regarder dans l’eau de temps en temps. À ceci près qu’on ne les voit pas (ils sont au fond avec des pierres). Il faut seulement briser la glace le matin s’il y en a.
    - Au milieu de la nature, c’est réellement au milieu de la nature, c’est à dire avec personne à des dizaines de kilomètres à la ronde et comme moyen de communication un téléphone à dix kilomètres (si un arbre ne tombe pas sur la ligne).
    - L’hiver, c’est un vrai hiver avec du froid, de la neige et tout ce qui va avec. Petite subtilité, l’hiver dans ce livre, c’est de octobre à juin.

    La surveillance des œufs étant expédié en dix minutes quotidiennes, c’est finalement un métier qui laisse à peu prêt autant de loisir que celui de gardien de phare au Luxembourg. Mais les distractions sont rares dans la région : les derniers chasseurs de cerfs partent quand Pete Fromm arrive. Et c’est donc un hiver long, très long même qui s’annonce surtout qu'il va falloir apprendre à se débrouiller tout seul. Une astuce quand on débute dans le bucheronnage : choisir des arbres bien penchés pour être sûr de l'endroit où ils vont tomber.

    C’est finalement un confinement inversé : une pleine nature entièrement ouverte mais aucun être humain.

    Le thème est classique, les grands espaces américains, la pleine nature mais on a aussi l’aspect apprentissage qui rend le récit très drôle.

     

    Andy Weir

    Seul sur Mars

    Bragelonne

    ISBN : 9782811215729

    Alors oui, le film éponyme avec Machin est directement tiré de ce livre. Et comme le film est fidèle au livre, c’est la même histoire.

    Une équipe de la NASA est sur Mars depuis une semaine pour y apporter les bienfaits de la civilisation mais, suite à une tempête, doit repartir aussitôt et c’est un peu la bazar si bien que Mark Watney se retrouve tout seul sur Mars, laissé pour mort tandis que tout le reste de l’équipe retourne sur la Terre, un peu triste quand même (et le voyage est plus long qu’un hiver dans l’Idaho).

    Donc, vous l’avez deviné, Mark Watney n’est pas mort mais il est tout seul sur une base en sale état. Avantage : il n’a pas d’œufs de saumon à surveiller. Inconvénient : il n’y a pas de téléphone, même à dix kilomètres. Tout l’enjeu est donc de survivre avec les éléments de la base encore fonctionnels.

    Ce que j’aime bien dans ce livre, c’est l’aspect hard science-fiction ; non pas que le récit serait rigoureusement exact du point de vue scientifique et technique mais que l’ensemble est écrit de façon à être vraisemblable. L’auteur mène même cela assez bien au point de pouvoir se permettre de pousser les limites du plausible jusqu’à ses dernières bornes.

    Le récit prend la forme du journal de bord de Mark Watney qui va au delà de la simple consignation de ses faits et gestes en s’épanchant sur sa condition et en notant ses réflexions. L’esprit positif presque permanent du gars est un peu énervant pour moi qui a tendance à abandonner à la moindre difficulté mais je pense que j’aurais pû en faire un pote.

     

    Hugh Howey

    Silo

    Actes Sud

    ISBN : 9782330037376

    Comme il faut un peu anticiper, passons à un livre de post-apocalysme. Dans Silo, la surface de la Terre n’est plus habitable (le gars tout seul sur Mars peut donc avoir un motif de satisfaction) et une fraction de l’humanité est enterrée dans un silo (comme un silo de missiles, pas comme un silo tour agricole). C’est donc un monde miniature avec ses règles, ses tabous, sa monnaie, ses classes sociales qui vit en totale autarcie sans jamais voir la lumière du jour. Le seul lien avec l’extérieur est une caméra qui film la surface désertique à proximité immédiate du haut du silo.

    Les habitants ignorent leur histoire : il ne savent ce qu’il font là, ce qui s’est passé ou même la nature réelle de la surface.

    Hugh Howey maîtrise assez bien son petit monde avec une précisions dans les détails qui masque les aspects irrationnels (oui, c’est ma marotte) couplée à une petite dose de steam-punk. Mais il s’appuie aussi beaucoup sur ses personnages et passe donc beaucoup de temps à en faire des vrais êtres humains.

     

    Stefán Máni

    Noir Océan

    Gallimard

    ISBN : 9782070446322

    Une histoire toute bête : un cargo appareille avec son équipage et va voguer tranquillement dans l’Atlantique. En somme, 500 pages pour décrire ce que Hergé fait en trois cases en général. Sauf que comme on est dans la littérature islandaise, il y a du sang, des tensions et de la casse.

    Chaque membre d’équipage embarque avec ses secrets, ses rancœurs, l’ambiance est délétère. La violence est présente sur fond de mutinerie et on s’en prend même au matériel (communication et GPS).

    C’est un huis clos très sombre avec un coté naturaliste original autour du thème du fret maritime : l’auteur nous promène tout le long du livre dans chaque recoin du cargo et dans le milieu des armateurs.